Binkù La Nerveuse est une jeune femme engagée, qui observe au quotidien notre société, comme une sorte de diagnostic du pays sur tous les plans, afin d’y apporter des observations, des critiques, et proposer des solutions pour un Cameroun nouveau.

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LES CHRONIQUES DE BINKU

Les raisons du tribalisme chez certains

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Les raisons du tribalisme chez certains

Nessa me voici qui sors de chez moi le matin? Je siffle d’abord une moto là et elle s’arrête :
Moi: psiii’ii
Bensikineur: (il freina en soulevant la poussière) oui ma chérie tu pars où ?
Moi: tsiups qui est ta chérie ? Tu me tutoies on se connait ?
Bensikineur : parle vite tu pars où ?
Moi: Ndokoti 100
Bensikineur : 100? Tu n’as pas honte? Déjà que pour arriver là-bas c’est 400 avec bachement. Jusqu’à elle parle fort hein…
Moi: j’ai honte que j’ai volé l’argent là ? Tu ne prends pas 100 tu laisses
Bensikineur: Didon reste là-bas avec ta grosse tête
Il démarra en soulevant la poussière
Moi: (en toussant car étouffée par la poussière) moufff je ne voulais même pas monter sur ton tas de ferraille là, avec ton blouson qui sent le bouc schouagne…

Le gars a freiné en faisant 1/2 tour akieee…. Je voulais courir mais j’avais les talons waaa je suis restée statut pas 2!

Le gars a atterri devant moi:
Bensikineur : tu disais quoi? Répète
Moi: hein? Moi?

Et là, se fit retentir la grosse voix d’ un grand du kwata là, on l’appelle général. Le gars là a les muscles jusqu’aux dents anti!!

Général: hooo perica atten-tillon! Ne tente pas sinon je te brise la mâchoire
Moi🙁 le sourire aux lèvres) je disais que ta moto est déjà plus vieille que Paul Biya. Tu vas quoi???
Bensikineur : (marche arrière) ta chance nor? Grosse tête
Général : (une fois le bensikineur go et gogoro) bon petite vas m’acheter une bière là-bas…
Moi: akiee général à 8h?
Général : tu veux discuter ? D’abord donne moi l’argent de la bière là, je vais donc buy à 8h30

Je sors kolo je lui donne, et puis on se sépare en se cassant l’os…

Une fois en route, je stoppe un taxi pour une direction opposée à celle que j’ai donnée au bensikineur. En fait, quand je stoppais le bensikineur là, j’étais sincère hein… Mais quand j’ai “entendu l’odeur”(en bassa’a, sentir se dit nock ndin traduction littérale => “entendre l’odeur” donc, excusez mon français Bassa’aïque) j’ai inventé une somme bidon pour le chasser quoi… Mes amis tontinards, c’est la technique ci qu’on appelle “le chassement”?

Une fois dans le taxi, j’étais assise sur le siège passager, et je n’ai pas prêté attention aux visages de la banquette arrière. J’ai trouvé une conversation tribale qui me mettait vraiment mal à l’aise. Un moment, je voulais sortir… Mais quelque chose me retenait.

En fait, tous les autres passagers (y compris le chauffeur) étaient d’une même tribu que je ne vais pas citer ici.

Derrière il y avait 2 femmes mûres ( une un peu plus âgée que moi une autre d’un âge confortable) une lycéenne, et devant, le chauffeur et moi.

La jeune dame consommait des biscuits en disant. “les bamilekés sont trop sales et c’est dans leurs gènes. Malgré leur intelligence, ils aiment vivre comme des porcs…”
Silence de 3 secondes, et la femme âgée de dire:
“Ils sont surtout très radins. Pour le bamileké, c’est tout pour lui, rien pour les autres. Mon fils travaille dans une entreprise de bamileké, et depuis plus de 5ans, il n’a reçu aucune promotion…”

Le chauffeur : “c’est vrai que les bamilekes sont chiches mais ils ont raison des fois hein… Je ne peux pas travailler mon argent pour que les autres viennent manger cadeau”
La jeune femme : cadeau de quoi le père ? Ces gens là sont radins à mourir. Et quel argent même ? L’argent du famla? Le père de ma fille est bamileké, et (se tournant vers la mère) tu sais que je me suis séparée de lui nor? C’est parce qu’il voulait me tuer au famla…”

Sa voix me paraissait de plus en plus familière…

Puis elle se retourna vers l’adolescente “ma chérie, pour ton bien quand tu vas commencer à connaître les hommes, évite les gars bami, surtout ceux qui ont l’argent. Très souvent leur argent est sale… Ce sont de bons pratiquants…”

Le chauffeur : “il y’a les pratiques et la sorcellerie dans toutes les tribus hein…”
La demoiselle : (jetant l’emballage de son biscuit par la fenêtre) le père je te dis que les bamis, sur 100 qui ont émergé, 90 sont dans ces histoires là…
Et quand tu vois un gars bami choisir la polygamie, c’est parce qu’il veut faire beaucoup d’enfants pour les vendre au famla”

L’envie de me retourner etait de plus en plus forte.
Elle enchaîna en se tournant vers la mère :
” Mama tu te rappelles que j’ai fait un enfant avec un homme bamileké riche nor? On s’est séparé justement parce que j’en avais marre de ses pratiques. La nuit je ne dormais plus… Je le voyais toujours avec le couteau en train de me poursuivre… Finalement j’ai renoncé à lui, mais comme ils ont beaucoup d’argent dans leur famille, ils m’ont mis la pression et je lui ai laissé la garde de mon enfant”

Et là, je n’ai pas pû me maintenir assise en angle droit, je me suis retournée, et je n’en croyais pas mes yeux :
Moi: akieeeeeeee nanouuu ( comme elle me lit par respect pour elle, je ne donnerai pas son vrai prénom ici), donc c’est toi qui sors de pareilles sornettes depuis là ??? C’est quel mépris ça à l’endroit de Rodrigue ?? Ha non non Mme, je ne te laisserai pas poursuivre… Tu as voulu parler de ce sujet, on y va.
Elle: Blanche ne fais pas ça stp

Au même moment, nous étions bloqués dans les embouteillages donc, le temps m’était donné.

Moi: en fait, cette fille que vous voyez entretenait une relation qui se voulait sérieuse avec le meilleur ami de mon cousin dont je suis le plus proche, il est ingénieur en Italie.
Un jour en vacances ici au pays, il l’a rencontrée et l’a aimée… Ils se sont fréquentés pendant quelques temps…

Et de retour dans son pays d’accueil, il s’est arrangé à loger la fille dans un appartement meublé de près de 200.000 Frs le mois. Son salaire et ses Business lui permettaient de venir au pays quand il voulait, et dans ses allées et venues, elle a conçu de lui et il s’est davantage investi pour que la grossesse de sa fiancée se passe dans de bonnes conditions.
Par mois, il lui envoyer 1000 € soit l’équivalent de 650.000 Frs, le salaire d’un haut cadre au Cameroun.

Cet argent, non seulement lui permettait de prendre soin d’elle, mais aussi de sa famille. Elle a mis ses parents dans la barrière cette année-là, elle a même inscrit son petit frère dans une école prestigieuse…

Une fois l’enfantement, le gars a fait les tests d’ADN pour confirmer que c’est bel et bien son enfant. Le test positif, Rodrigue à lancé le processus d’obtention du visa qui a d’ailleurs mis plus de temps que prévu.

Entre-temps, le couple a rencontré des difficultés comme tous les couples d’ailleurs, mais Rodrigue ne manquait pas à ses obligations de père.
Nanou de son côté entretenait des relations dans l’ombre avec plusieurs hommes dont, l’un des partenaires d’affaires de Rodrigue.

Un jour alors qu’elle s’est rendue dans un hôtel avec cet homme, elle a eu la malchance que l’accueil était géré par l’une des connaissances de Rodrigue qui lui était par contre inconnue. Cette dame les a filmés et a balancé les photos à Rodrigue. Et les problèmes se sont aggravés et prolongés pendant pratiquement 1 an, et je rappelle que même pendant leur période de crise, Rodrigue envoyait toujours à sa fille une très bonne ration alimentaire au lieu de 1000 €, il envoyait désormais 500 € donc 300 000 Frs par mois, ce qui n’était toujours pas petit.

Durant cette année de crise, elle n’a cessé de lui demander pardon pour son égarement, et j’ai été parmi les personnes qui ont fortement recommandé à Rodrigue de lui pardonner. À un moment même elle s’est rapprochée de moi parce qu’elle voyait que Rodrigue m’écoutait et donc, voulait passer par moi pour mieux établir le pardon chose qui ne m’embêtait pas du tout.

Je militais pour le pardon parce que je voyais à quel point Rodrigue l’aimait et à quel point la distance qu’ils s’étaient créée lui faisait mal, je sais qu’on peut glisser une fois et se relever, pour prendre la résolution de ne plus tomber.

Vers la fin de cette année là, il lui a accordé son pardon et ils ont tous deux décidé de repartir sur de nouvelles bases. Mais la blessure étant toujours là, Rodrigue ne s’est pas directement réengagé, il se comportait comme quelqu’un qui marche sur des braises.

Sa deuxième infidélité qui l’a définitivement conduite à sa perte a été découverte par mon cousin, le meilleur ami de Rodrigue.

En effet ce jour-là, Rodrigue depuis l’Italie a longtemps appelé Nanou mais elle ne décrochait pas. Puis il a appelé son meilleur ami d’aller voir si tout va bien chez elle. Arrivé à l’immeuble de Nanou mon cousin à longtemps frappé à sa porte mais personne ne venait ouvrir alors qu’il semblait avoir de la lumière au séjour. Puis il alla voir le concierge pour lui demander ce qui se passe. Le concierge ce jour semblait très embarrassé et mon cousin a compris qu’il se passe des choses suspectes dans l’appartement de Nanou.

Il a insisté et lorsqu’il lui a proposé 50.000 F, le concierge a délié sa langue il lui a dit que Nanou est montée il y a quelques heures dans son appartement avec un homme, qui vient très souvent à son domicile. Et que chaque fois qu’il vient chez elle, elle confie sa fille au voisin.

Mon cousin décida donc de se réfugier dans la case du gardien pour observer le monsieur à sa sortie.

Quelques heures plus tard, Nanou et le monsieur se décident enfin de sortir, et pendant qu’ils se dirigeaient vers sa voiture, mon cousin les prenait en image…
Il s’agissait en effet de l’oncle de Rodrigue. Nanou a trompé Rodrigue avec son oncle!!!

Mon cousin, dans l’embarras ne sachant pas quoi faire, alla demander conseil de gauche à droite. Et le conseil qui lui revenait le plus était d’avouer à son meilleur ami ce qu’il a vu pour son bien.

Donc en fait, il s’agissait d’épargner à son ami le risque d’épouser une femme frivole. Quand la vérité fût donc dévoilée à Rodrigue, il a définitivement coupé les ponts avec Nanou, il a pris sa fille avec lui là-bas en Italie et il y’a quelques mois qu’ il s’est marié avec une femme de la même région qu’elle en passant.

Depuis que le gars a coupé les ponts, Nanou est officiellement retournée à son mode de vie d’antan c’est-à-dire, chez ses parents et au poteau.

Tout ce qu’elle vous raconte sur les Bamilékés là, c’est parce qu’elle a subi le revers de la médaille de son caractère volage.

M’adressant à la mère :
Moi: maman tu te plains du fait que ton fils n’ait reçu aucune promotion depuis plus de 5 ans qu’il travaille dans l’entreprise des bamilekés… Donc pour toi cela serait dû au fait qu’il ne soit pas également bamiléké ? Mais il attend quoi pour aller aussi travailler dans l’entreprise de ses frères? au moins cette entreprise a bien voulu lui ouvrir les portes de l’emploi, on l’a attaché là-bas? et si le problème était tout simplement qu’il ne s’applique pas assez y as-tu pensé? Quand on danse mal on accuse son pantalon.

À la jeune lycéenne
Moi: je dis hein petite, tu as des camarades de classe qui sont très intelligents nor?
Elle : oui tantine
Moi: alors n’hésite pas de traîner avec eux, forme des groupes d’études avec eux, qu’ils soient bamiléké ou d’une autre tribu, rapproche-toi de tes camarades intelligents pour profiter de leur connaissance c’est comme ça que tu apprendras à sortir du lot. Tu as compris ?
Elle : oui Tata

Au chauffeur
Le père depuis que tu conduis ce véhicule tu peux compter le nombre de bamilekes, de bassa’a, de beti, de Douala, de nordiste ou de toute autre tribu que tu as portés?
Lui: non ma fille
Moi: justement parce que ce n’est pas ce qui t’intéresse. Le plus important pour tes passagers, c’est d’être conduits à bon port et le plus important pour toi, c’est qu’ils te payent arrivés à destination et puis basta!! Le taxi c’est 250 pour tout passagerr de quelque tribu que ce soit donc, sincèrement moi à ta place, je ne permettrai plus ce genre de conversation dans mon taxi…
Lui: tu as raison ma fille…

Vue la circulation qui semblait ne pas se décanter, J’ai décidé de sortir du véhicule et d’emprunter une moto. Pendant que j’attendais le remboursement, je me suis penchée du côté arrière pour dire un dernier mot à Nanou :

C’est toi qui traites les bamilékés de sales, et c’est toi qui as osé jeter l’emballage du biscuit que tu mangeais en route par la fenêtre. Si ce n’est pas de la saleté ça c’est quoi donc? L’ordure c’est celui qui salit…

J’ai pris mon remboursement et puis j’ai tourné mon dos…

J’ai compris que le tribalisme est d’une part, l’expression du sentiment d’infériorité d’une personne face à une autre personne d’une autre tribu. Ce qui pousse le tribaliste à détester toute la tribu de celui qu’il considère comme un adversaire.
D’autres part, c’est l’expression des frustrations provoquées par une ou quelques personnes (venant de manière hasardeuse) de la même tribu. Mais toujours est-il que, quand quelqu’un s’acharne sur une tribu/race/sexe, il faut fouiller dans son passé pour comprendre ses raisons.

Avoir vécu une mauvaise expérience avec un individu ne vous autorise pas à généraliser.
Le tribalisme n’est que l’arme des faibles. Car chaque tribu a ses points de force ou de faiblesse, à nous de ne pas marcher n’importe comment au risque de les stigmatiser.

Vigilance, éducation, tolérance, acceptation, humilité, doivent être des maîtres mots qui nous guident.

Binkù la Nerveuse ( Quand vous détestez une personne/tribu… Arrangez-vous à le faire tout seul. Vouloir convaincre les gens à vous rejoindre dans votre haine, c’est de la pure sorcellerie).

1Commentaire

  • MariKa

    Répondre 24/02/2019 22 h 53 min

    Très belle leçon

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